— Agricol… ton père… vite… s'écria la Mayeux.
Dès les premiers mots de cette lettre, à laquelle les circonstances présentes donnaient un si cruel à-propos, Dagobert était devenu d'une pâleur mortelle… l'émotion, la fatigue, l'épuisement, joints à ce dernier coup, le firent chanceler. Son fils courut à lui, le soutint un instant entre ses bras; mais bientôt cet accès momentané de faiblesse se dissipa, Dagobert passa la main sur son front, redressa sa grande taille, son regard étincela, sa figure prit une expression de résolution déterminée, et il s'écria avec une exaltation farouche:
— Non, non, je ne serai pas traître, je ne serai pas lâche: les robes noires ne me font plus peur, et cette nuit Rose et Blanche Simon seront délivrées!
VIII. Le code pénal.
Dagobert, un moment épouvanté des machinations ténébreuses et souterraines si dangereuses poursuivies par les robes noires, comme il disait, contre des personnes qu'il aimait, avait pu hésiter un instant à tenter la délivrance de Rose et de Blanche; mais son indécision cessa aussitôt après la lettre du maréchal Simon, qui venait si inopinément lui rappeler des devoirs sacrés. À l'abattement passager du soldat avait succédé une résolution d'une énergie calme et pour ainsi dire recueillie.
— Agricol, quelle heure est-il? demanda-t-il à son fils.
— Neuf heures ont sonné tout à l'heure, mon père.
— Il faut me fabriquer tout de suite un crochet de fer solide… assez solide pour supporter mon poids, et assez ouvert pour s'adapter au chaperon d'un mur. Ce poêle de fonte sera ta forge et ton enclume; tu trouveras un marteau dans la maison… et… quant à du fer… tiens, en voici…
Ce disant, le soldat prit auprès du foyer une paire de pincettes à très fortes branches, les présenta à son fils, et ajouta:
— Allons, mordieu; mon garçon, attise le feu, chauffe à blanc, et forge-moi ce fer.