— Pour s'épargner les galères… il fera comme moi… j'ai deux pistolets.
— Mais moi… s'écria la malheureuse mère en tendant ses mains suppliantes, sans toi… sans lui… que deviendrai-je?
— Tu as raison… j'étais égoïste… j'irai seul, dit Dagobert.
— Tu n'iras pas seul… mon père… reprit Agricol.
— Mais ta mère!…
— La Mayeux voit ce qui se passe, elle ira trouver M. Hardy, mon bourgeois, et lui dira tout… C'est le plus généreux des hommes… et ma mère aura un abri et du pain jusqu'à la fin de ses jours.
— Et c'est moi… c'est moi qui suis cause de tout!… s'écria Françoise en se tordant les mains avec désespoir. Punissez-moi, mon Dieu… punissez-moi… c'est ma faute… j'ai livré ces enfants… Je serais punie par la mort de mon enfant.
— Agricol… tu ne me suivras pas!! Je te le défends, dit
Dagobert en pressant son fils contre sa poitrine avec énergie.
— Moi!… après t'avoir signalé le danger… je reculerais!… tu n'y penses pas, mon père! Est-ce que je n'ai pas aussi quelqu'un à délivrer, moi? Mlle de Cardoville, si bonne, si généreuse, qui m'avait voulu sauver de la prison, n'est-elle pas prisonnière, à son tour? Je te suivrai, mon père, c'est mon droit, c'est mon devoir, c'est ma volonté.
Ce disant, Agricol mit dans l'ardent brasier du poêle de fonte les pincettes destinées à faire un crochet.