Rodin s'interrompit, et dit au père d'Aigrigny:

— Suit le compte rendu, année par année, de la position de cette famille depuis 1682 jusqu'à nos jours. Il est inutile de le lire à Votre Révérence?

— Très inutile, dit l'abbé d'Aigrigny, cette note résume parfaitement les faits…

Puis, après un moment de silence, il reprit avec une expression d'orgueil triomphant:

— Combien est grande la puissance de l'association, appuyée sur la tradition et sur la perpétuité grâce à cette note insérée dans nos archives! Depuis un siècle et demi cette famille a été surveillée de génération en génération… toujours notre ordre a eu les yeux fixés sur elle, la suivant sur tous les points du globe où l'exil l'avait disséminée… Enfin demain nous rentrerons dans cette créance peu considérable d'abord, et que cent cinquante ans ont changée en une fortune royale… Oui… nous réussirons, car je crois avoir prévu les éventualités… Une seule chose pourtant me préoccupe vivement.

— Laquelle? demanda Rodin.

— Je songe à ces renseignements que l'on a déjà, mais en vain, essayé d'obtenir du gardien de la maison de la rue Saint-François. A-t-on tenté encore une fois, ainsi que j'en avais donné l'ordre?

— On l'a tenté…

— Eh bien?

— Cette fois, comme les autres, ce vieux juif est resté impénétrable; il est d'ailleurs presque en enfance, et sa femme ne vaut guère mieux que lui.