— Et qui sait si le détenteur de cette somme énorme se présentera demain, malgré la loyauté qu'on lui prête? Malgré moi, plus le moment approche, plus mon anxiété augmente… Ah! reprit le père d'Aigrigny, après un moment de silence, c'est qu'il s'agit d'intérêts si immenses, que les conséquences du succès seraient incalculables… Enfin, du moins… tout ce qu'il était possible de faire aura été tenté.
À ces mots, que le père d'Aigrigny adressait à Rodin comme s'il eût demandé son adhésion, le socius ne répondit rien…
L'abbé, le regardant avec surprise, lui dit:
— N'êtes-vous pas de cet avis? pouvait-on oser davantage? n'est- on pas allé jusqu'à l'extrême limite du possible?
Rodin s'inclina respectueusement, mais resta muet.
— Si vous pensez que l'on a omis quelque précaution, s'écria le père d'Aigrigny avec une sorte d'impatience inquiète, dites-le… il est temps encore… Encore une fois, croyez-vous que tout ce qu'il était possible de faire ait été fait? Tous les descendants enfin écartés, Gabriel, en se présentant demain rue Saint- François, ne sera-t-il pas le seul représentant de cette famille, et, par conséquent, le seul possesseur de cette immense fortune? Or, d'après sa renonciation, et d'après nos statuts, ce n'est pas lui, mais notre ordre qui possédera. Pouvait-on agir mieux ou autrement? Parlez franchement.
— Je ne puis me permettre d'émettre une opinion à ce sujet, reprit humblement Rodin en s'inclinant de nouveau, le bon ou le mauvais succès répondra à Votre Révérence…
Le père d'Aigrigny haussa les épaules et se reprocha d'avoir demandé quelque conseil à cette machine à écrire qui lui servait de secrétaire, et qui n'avait, selon lui, que trois qualités: la mémoire, la discrétion et l'exactitude.
XI. L'étrangleur.
Après un moment de silence, le père d'Aigrigny reprit: