— Lisez-moi les rapports de la journée sur la situation de chacune des personnes signalées.
— Voici celui de ce soir… on vient de l'apporter.
— Voyons. Rodin lut ce qui suit: «Jacques Rennepont, dit Couche- tout-nu, a été vu dans l'intérieur de la prison pour dettes à huit heures, ce soir.»
— Celui-ci ne nous inquiétera pas demain… Et d'un… Continuez.
«Mme la supérieure du couvent de Sainte-Marie, avertie par Mme la comtesse de Saint-Dizier, a cru devoir enfermer plus étroitement encore les demoiselles Rose et Blanche Simon. Ce soir, à neuf heures, elles ont été enfermées soigneusement dans leur cellule, et des rondes armées veilleront la nuit dans le jardin du couvent.»
— Rien non plus à craindre de ce côté, grâce à ces précautions, dit le père d'Aigrigny. Continuez.
«M. le docteur Baleinier, aussi prévenu par Mme la princesse de Saint-Dizier, continue de faire surveiller Mlle de Cardoville: à huit heures trois quarts la porte de son pavillon a été verrouillée et fermée.»
— Encore un sujet d'inquiétude de moins…
— Quant à M. Hardy, reprit Rodin, j'ai reçu ce matin de Toulouse un billet de M. Bressac, son ami intime, qui nous a servi heureusement à éloigner ce manufacturier depuis quelques jours; ce billet contient une lettre de M. Hardy adressée à une personne de confiance. M. de Bressac a cru devoir détourner cette lettre de sa destination et nous l'envoyer comme une preuve nouvelle du succès de ses démarches dont il espère que nous lui tiendrons compte, car, ajoute-t-il, pour nous servir il trahit son ami intime de la manière la plus indigne en jouant une odieuse comédie. Aussi maintenant M. de Bressac ne doute pas qu'après ses excellents offices on ne lui remette les pièces qui le placent dans notre dépendance absolue, puisque ces pièces peuvent perdre à jamais une femme qu'il aime d'un amour adultère et passionné. Il dit enfin qu'on doit avoir pitié de l'horrible alternative où on l'a placé, de voir perdre et déshonorer la femme qu'il adore, ou de trahir d'une manière infâme son ami intime.
— Ces doléances adultères ne méritent aucune pitié, répondit dédaigneusement le père d'Aigrigny. D'ailleurs, on avisera… M. de Bressac peut nous être encore utile. Mais voyons cette lettre de M. Hardy, ce manufacturier impie et républicain, bien digne descendant de cette lignée maudite, et qu'il était important d'écarter.