— Faites entrer. Ce disant, le père d'Aigrigny, après avoir échangé un signe expressif avec Rodin, disparut par une porte latérale. Une minute après, Faringhea, l'ex-chef de la secte des Étrangleurs, parut devant Rodin, qui le reconnut aussitôt pour l'avoir vu au château de Cardoville. Le socius tressaillit, mais il ne voulut pas paraître se souvenir de ce personnage. Cependant, toujours courbé sur son bureau, et ne semblant pas voir Faringhea, il écrivit aussitôt quelques mots à la hâte sur une feuille de papier placée devant lui.
— Monsieur… reprit le domestique étonné du silence de Rodin, voici cette personne.
Rodin plia le billet qu'il venait d'écrire précipitamment et dit au serviteur:
— Faites porter ceci à son adresse… On m'apportera la réponse.
Le domestique salua et sortit. Alors Rodin, sans se lever, attacha ses petits yeux de reptile sur Faringhea et lui dit courtoisement:
— À qui, monsieur, ai-je l'honneur de parler?
XII. Les deux frères de la bonne oeuvre.
Faringhea, né dans l'Inde, avait, on l'a dit, beaucoup voyagé et fréquenté les comptoirs européens des différentes parties de l'Asie; parlant bien l'anglais et le français, rempli d'intelligence et de sagacité, il était parfaitement civilisé. Au lieu de répondre à la question de Rodin, il attachait sur lui un regard fixe et pénétrant. Le socius, impatienté de ce silence, et pressentant avec une vague inquiétude que l'arrivée de Faringhea avait quelque rapport direct ou indirect avec la destinée de Djalma, reprit en affectant le plus grand sang-froid:
— À qui, monsieur, ai-je l'honneur de parler?
— Vous ne me reconnaissez pas? dit Faringhea faisant deux pas vers la chaise de Rodin.