— Je ne crois pas avoir jamais eu l'honneur de vous voir, répondit froidement celui-ci.

— Et moi, je vous reconnais, dit Faringhea; je vous ai vu au château de Cardoville le jour du naufrage du bateau à vapeur et du trois-mâts.

— Au château de Cardoville? c'est possible… monsieur, j'y étais en effet un jour de naufrage.

— Et ce jour-là je vous ai appelé par votre nom. Vous m'avez demandé ce que je voulais de vous… Je vous ai répondu: maintenant rien, frère… plus tard beaucoup… Le temps est venu… Je viens vous demander beaucoup.

— Mon cher monsieur, dit Rodin toujours impassible, avant de continuer cet entretien, jusqu'ici passablement obscur, je désirerais savoir je vous le répète, à qui j'ai l'avantage de parler… Vous vous êtes introduit ici sous prétexte d'une commission de M. Josué Van Daël… respectable négociant de Batavia, et…

— Vous connaissez l'écriture de M. Josué, dit Faringhea en interrompant Rodin.

— Je la connais parfaitement.

— Regardez… Et le métis tirant de sa poche (il était assez pauvrement vêtu à l'européenne) la longue dépêche dérobée par lui à Mahal, le contrebandier de Java, après l'avoir étranglé sur la grève de Batavia, mit ses papiers sous les yeux de Rodin, sans cependant s'en dessaisir.

— C'est en effet l'écriture de M. Josué, dit Rodin, et il tendit la main vers la lettre, que Faringhea remit lestement et prudemment dans sa poche.

— Vous avez, mon cher monsieur, permettez-moi de vous le dire,
une singulière manière de faire les commissions… dit Rodin.
Cette lettre était à mon adresse… et vous ayant été confiée par
M. Josué… vous deviez…