— Cette lettre ne m'a pas été confiée par M. Josué, dit Faringhea en interrompant Rodin.

— Comment l'avez-vous entre les mains!

— Un contrebandier de Java m'avait trahi; Josué avait assuré le passage de cet homme pour Alexandrie et lui avait remis cette lettre, qu'il devait porter à bord, pour la malle d'Europe. J'ai étranglé le contrebandier, j'ai pris la lettre, j'ai fait la traversée… et me voici…

L'Étrangleur avait prononcé ces mots avec une jactance farouche; son regard fauve et intrépide ne s'abaissa pas devant le regard perçant de Rodin, qui, à cet étrange aveu, avait redressé vivement la tête pour observer ce personnage.

Faringhea croyait étonner ou intimider Rodin par cette espèce de forfanterie féroce; mais, à sa grande surprise, le socius, toujours impassible comme un cadavre, lui dit simplement:

— Ah!… on étrangle ainsi… à Java?

— Et ailleurs… aussi, répondit Faringhea avec un sourire amer.

— Je ne veux pas vous croire… mais je vous trouve d'une étonnante sincérité, monsieur… Votre nom!…

— Faringhea.

— Eh bien, monsieur Faringhea, où voulez-vous en venir?… Vous vous êtes emparé, par un crime abominable, d'une lettre à moi adressée; maintenant vous hésitez à me la remettre…