— Josué vous parle encore de ceux de votre oeuvre qui, répandus sur toute la terre, travaillent à la gloire de Bohwanie.
— Et quels sont ces fils de Bohwanie, monsieur Faringhea?
— Des hommes résolus, audacieux, patients, rusés, opiniâtres, qui, pour faire triompher la bonne oeuvre, sacrifient pays, père et mère, soeur et frère, et qui regardent comme ennemis tous ceux qui ne sont pas des leurs.
— Il me paraît y avoir beaucoup de bon dans l'esprit persévérant et religieusement exclusif de cette oeuvre, dit Rodin d'un air modeste et béat… Seulement, il faudrait connaître ses fins et son but.
— Comme vous, frère, nous faisons des cadavres.
— Des cadavres! s'écria Rodin.
— Dans sa lettre, répondit Faringhea, Josué vous dit: «La plus grande gloire de notre ordre est de faire de l'homme un cadavre[19]« Notre oeuvre fait aussi de l'homme un cadavre… La mort des hommes est douce à Bohwanie.
— Mais, monsieur! s'écria Rodin, M. Josué parle de l'âme… de la volonté, de la pensée, qui doivent être anéantis par la discipline.
— C'est vrai, les vôtres tuent l'âme… nous tuons le corps.
Votre main, frère: vous êtes, comme nous, chasseurs d'hommes.
— Mais, encore une fois, monsieur, il s'agit de tuer la volonté, la pensée, dit Rodin.