— Qu'avez-vous fait! s'écria-t-il en s'adressant à Rodin. J'ai tout entendu… Ce misérable, j'en suis malheureusement certain, disait la vérité… l'Indien est en son pouvoir; il va le rejoindre.

— Je ne le pense pas, dit humblement Rodin en s'inclinant et reprenant sa physionomie morne et soumise.

— Et qui empêchera cet homme de rejoindre le prince!

— Permettez… Lorsqu'on a introduit ici cet affreux scélérat, je l'ai reconnu; aussi, avant de m'entretenir avec lui, j'ai prudemment écrit quelques lignes à Morok, qui attendait le bon loisir de Votre Révérence dans la salle basse avec Goliath; plus tard, pendant le cours de la conversation, lorsqu'on m'a apporté la réponse de Morok, qui attendait mes ordres, je lui ai donné de nouvelles instructions, voyant le tour que prenaient les choses.

— Et à quoi bon tout ceci, puisque cet homme vient de sortir de cette maison!

— Votre Révérence daignera peut-être remarquer qu'il n'est sorti qu'après m'avoir donné l'adresse de l'hôtel où est l'Indien, grâce à mon innocent stratagème de dédain… S'il eût manqué, Faringhea tombait toujours entre les mains de Goliath et de Morok, qui l'attendaient dans la rue à deux pas de la porte. Mais nous eussions été très embarrassés, car nous ne savions pas où habitait le prince Djalma.

— Encore de la violence! dit le père d'Aigrigny avec répugnance.

— C'est à regretter… fort à regretter… reprit Rodin… mais il a bien fallu suivre le système adopté jusqu'ici.

— Est-ce un reproche que vous m'adressez! dit le père d'Aigrigny qui commençait à trouver que Rodin était autre chose qu'une machine à écrire.

— Je ne me permettrais pas d'en adresser à Votre Révérence, dit Rodin en s'inclinant presque jusqu'à terre; mais il s'agit seulement de retenir cet homme pendant vingt-quatre heures.