— Et ensuite!… Ses plaintes!
— Un pareil bandit n'osera pas se plaindre; d'ailleurs il est sorti librement d'ici. Morok et Goliath lui banderont les yeux après s'être emparés de lui. La maison a une entrée dans la rue Vieille-des-Ursins. À cette heure et par ce temps d'ouragan, il ne passe personne dans ce quartier désert. Le trajet dépaysera complètement ce misérable; on le descendra dans une cave du bâtiment neuf et demain, la nuit, à pareille heure, on lui rendra la liberté avec les mêmes précautions… Quant à l'Indien, on sait maintenant où le trouver… il s'agit d'envoyer auprès de lui une personne de confiance et s'il sort de sa torpeur… il est un moyen très simple et surtout aucunement violent, selon mon petit jugement, dit modestement Rodin, de le tenir demain éloigné toute la journée de la rue Saint-François.
Le même domestique à figure débonnaire, qui avait introduit et éconduit Faringhea, rentra dans le cabinet après avoir discrètement frappé; il tenait à la main une espèce de gibecière en peau de daim, qu'il remit à Rodin en lui disant:
— Voici ce que M. Morok vient d'apporter; il est entré par la rue
Vieille. Le domestique sortit.
Rodin ouvrit le sac et dit au père d'Aigrigny en lui montrant ces objets:
— La médaille… et la lettre de Josué… Morok a été habile et expéditif.
— Encore un danger évité, dit le marquis, il est fâcheux d'en venir à de tels moyens…
— À qui les reprocher, sinon au misérable qui nous met dans la nécessité d'y avoir recours!… Je vais à l'instant dépêcher quelqu'un à l'hôtel de l'Indien.
— Et à sept heures du matin vous conduirez Gabriel rue Saint- François; c'est là que j'aurai avec lui l'entretien qu'il me demande si instamment depuis trois jours.
— Je l'en ai fait prévenir ce soir; il se rendra à vos ordres.