— À la bonne heure, maître, excusez-moi, et n'en parlons plus. Ah çà! maintenant, je vais quitter mon carnier et aller aider Goliath à donner à manger aux bêtes, car l'heure du souper approche, si elle n'est passée. Est-ce qu'il se négligerait, maître, mon gros géant?
— Goliath est sorti, il ne doit pas savoir que tu es rentré; il ne faut pas surtout que ce grand vieillard et les jeunes filles te voient ici, cela leur donnerait des soupçons.
— Où voulez-vous donc que j'aille?
— Tu vas te retirer dans la petite soupente au fond de l'écurie; là tu attendras mes ordres, car il est possible que tu partes cette nuit pour Leipzig.
— Comme vous voudrez; j'ai dans mon carnier quelques provisions de reste, je souperai dans la soupente en me reposant.
— Va…
— Maître, rappelez-vous ce que je vous ai dit: défiez-vous du vieux à moustache grise, je le crois diablement résolu; je m'y connais, c'est un rude compagnon, défiez-vous…
— Sois tranquille… je me défie toujours, dit Morok.
— Alors donc, bonne chance, maître! Et Karl, regagnant l'échelle, disparut peu à peu. Après avoir fait à son serviteur un signe d'adieu amical, le Prophète se promena quelque temps d'un air profondément méditatif; puis, s'approchant de la cassette à double fond qui contenait quelques papiers, il y prit une assez longue lettre qu'il relut plusieurs fois avec une extrême attention. De temps à autre il se levait pour aller jusqu'au volet fermé qui donnait sur la cour intérieure de l'auberge, et prêtait l'oreille avec anxiété: car il attendait impatiemment la venue des trois personnes dont on venait de lui annoncer l'approche.
II. Le voyageur.