L'expression d'indifférence avec laquelle le jeune prêtre prononça ces derniers mots fut remarquée par Rodin.

— Soit… reprit le père d'Aigrigny, vous l'ignorez… je veux le croire, quoique toutes les apparences tendent à prouver le contraire, à prouver enfin… que la connaissance de cet héritage n'est pas non plus étrangère à votre résolution de vous séparer de nous.

— Je ne vous comprends pas, mon père.

— Cela est pourtant bien simple… selon moi, votre rupture a deux motifs: d'abord nous sommes menacés… et vous jugez prudent de nous abandonner…

— Mon père…

— Permettez-moi d'achever… mon cher fils, et de passer au second motif: si je me trompe, vous répondrez. Voici les faits: autrefois, et dans l'hypothèse que votre famille, dont vous ignoriez le sort, vous laisserait quelque bien… Vous aviez, en retour des soins que la compagnie avait pris de vous… vous aviez fait, dis-je, une donation future de ce que vous pouviez posséder, non pas à nous, mais aux pauvres, dont nous sommes les tuteurs- nés.

— Eh bien! mon père? demanda Gabriel, ignorant encore où tendait ce préambule.

— Eh bien! mon cher fils… maintenant que vous voilà sûr de jouir de quelque aisance… vous voulez sans doute, en vous séparant de nous, annuler cette donation faite par vous en d'autres temps.

— Pour parler clairement, vous parjurez votre serment parce que nous sommes persécutés et parce que vous voulez reprendre vos dons, ajouta Rodin d'une voix aiguë, comme pour résumer d'une manière nette et brutale la position de Gabriel envers la compagnie de Jésus.

À cette accusation infâme, Gabriel ne put que lever les mains et les yeux au ciel, en s'écriant avec une expression déchirante: