— Abandonnés… ces biens!… dit Dagobert pétrifié; mais à qui… à qui?
— À monsieur… dit Gabriel en désignant le père d'Aigrigny.
— À lui! répéta Dagobert anéanti, à lui!… au renégat… toujours le démon de cette famille!
— Mais, mon frère, s'écria Agricol, tu connaissais donc tes droits à cet héritage?
— Non, répondit le jeune prêtre avec accablement, non… je l'ai seulement appris ce matin même par le père d'Aigrigny… Il avait été, m'a-t-il dit, récemment instruit de mes droits par des papiers de famille autrefois trouvés sur moi et envoyés par notre mère à son confesseur.
Le forgeron parut frappé d'un trait de lumière, et s'écria:
— Je comprends tout maintenant… on aura vu dans ces papiers que tu pouvais être riche un jour… alors on s'est intéressé à toi… on t'a attiré dans ce collège, nous ne pouvions jamais te voir… et plus tard on a trompé ta vocation par d'indignes mensonges, afin de t'obliger à te faire prêtre et de t'amener ensuite à faire cette donation… Ah! monsieur, reprit Agricol en se tournant vers le père d'Aigrigny avec indignation, mon père a raison, une telle machination est infâme!…
Pendant cette scène, le révérend père et son _socius, _d'abord effrayés et ébranlés dans leur audace, avaient peu à peu repris un sang-froid parfait. Rodin, toujours accoudé sur la cassette, avait dit quelques mots à voix basse au père d'Aigrigny. Aussi lorsque Agricol, emporté par l'indignation, avait reproché à ce dernier ses machinations infâmes, celui-ci avait baissé la tête et modestement répondu:
— Nous devons pardonner les injures et les offrir au Seigneur comme preuve de notre humilité.
Dagobert, étourdi, écrasé par tout ce qu'il venait d'apprendre, sentait presque sa raison se troubler; après tant d'angoisses, ses forces lui manquaient devant ce nouveau et terrible coup.