— Non, monsieur, dit sévèrement le notaire; car je viens de comparer les deux signatures, et elles sont absolument semblables… Du reste… ce que je disais ce matin pour les héritiers non présents vous est applicable… vous pouvez attaquer l'authenticité de ce codicille, mais tout demeure en suspens et comme non avenu, puisque le délai pour la clôture de la succession est prorogé à trois mois et demi.
Lorsque le notaire eut prononcé ces derniers mots, les ongles de Rodin étaient saignants… pour la première fois, ses lèvres blafardes parurent rouges.
— Ô mon Dieu! vous m'avez entendu… vous m'avez exaucé… s'écria Gabriel agenouillé et joignant les mains avec une religieuse ferveur et en tournant vers le ciel son angélique figure; votre souveraine justice ne pouvait laisser l'iniquité triomphante.
— Que dis-tu, mon brave enfant? s'écria Dagobert, qui, dans le premier étourdissement de la joie, n'avait pas bien compris la portée de ce codicille.
— Tout est reculé, mon père, s'écria le forgeron; le délai pour se présenter est fixé à trois mois et demi, à dater d'aujourd'hui… Et maintenant que ces gens-là sont démasqués… - - Agricol désigna Rodin et le père d'Aigrigny — il n'y a plus rien à craindre d'eux, on sera sur ses gardes, et les orphelines, Mlle de Cardoville, mon digne patron M. Hardy et le jeune Indien rentreront dans leurs biens.
Il faut renoncer à peindre l'ivresse, le délire de Gabriel et d'Agricol, de Dagobert et du père du maréchal Simon, de Samuel et de Bethsabée.
Faringhea seul resta morne et sombre devant le portrait de l'homme au front rayé de noir.
Quant à la fureur du père d'Aigrigny et de Rodin en voyant Samuel reprendre le coffret de cèdre, il faut aussi renoncer à la peindre…
Sur l'observation du notaire, qui emporta le codicille pour le faire ouvrir selon les formules de la loi, Samuel comprit qu'il était plus prudent de déposer à la Banque de France les immenses valeurs dont on le savait détenteur.
Pendant que tous les coeurs généreux qui avaient tant souffert débordaient de bonheur, d'espérance et d'allégresse, le père d'Aigrigny et Rodin quittaient cette maison la rage et la mort dans l'âme. Le révérend père monta dans sa voiture et dit à ses gens: