— Mais ce codicille, quel est donc l'être maudit qui l'a fait connaître?

— Une femme.

— Quelle femme?

— Je ne sais quelle créature nomade que ce Gabriel a, dit-il, rencontrée déjà en Amérique, et qui lui a sauvé la vie…

— Et comment cette femme se trouvait-elle là? Comment savait-elle l'existence de ce codicille?

— Tout ceci, je le crois, était convenu avec un misérable juif, gardien de cette maison, et dont la famille est dépositaire des fonds depuis trois générations; il avait sans doute quelque instruction secrète… dans le cas où l'on soupçonnerait les héritiers d'être retenus; car, dans son testament… ce Marius de Rennepont avait prévu que la compagnie surveillerait sa race.

— Mais ne peut-on plaider sur la valeur de ce codicille?

— Plaider… dans ce temps-ci? plaider pour une affaire de testament? il est déjà bien assez fâcheux que tout ceci doive s'ébruiter… Ah! c'est affreux!… et au moment de toucher au but… après tant de peines! une affaire poursuivie avec tant de soins, tant de persistance, depuis un siècle et demi!

— Deux cent douze millions… dit la princesse. Ce n'était plus en pays étranger que l'ordre s'établissait; c'est en France, au coeur de la France, qu'il s'imposait avec de telles ressources…

— Oui, reprit le père d'Aigrigny avec amertume, et, par l'éducation, nous nous emparions de toute la génération naissante… C'était politiquement d'une portée incalculable…