Pierre Simon regarda d'abord Adrienne sans lui répondre, et comme s'il ne l'avait pas entendue ou comprise.
— Mais rassurez-vous, reprit la jeune fille, il ne faut pas encore désespérer.
— Désespérer? répéta machinalement le maréchal en regardant tour à tour Mlle de Cardoville et Dagobert, désespérer! et de quoi, mon Dieu?
— De revoir vos enfants, monsieur le maréchal, dit Adrienne; votre présence, à vous leur père… rendra les recherches bien plus efficaces.
— Les recherches!… s'écria Pierre Simon. Mes filles ne sont pas ici?
— Non, monsieur, dit enfin Adrienne; on les a enlevées à l'affection de l'excellent homme qui les avait amenées du fond de la Russie, et on les a conduites dans un couvent…
— Malheureux! s'écria Pierre Simon en s'avançant menaçant et terrible vers Dagobert, tu me répondras de tout…
— Ah! monsieur, ne l'accusez pas! s'écria Mlle de Cardoville.
— Mon général, dit Dagobert d'une voix brève mais douloureusement résignée, je mérite votre colère… c'est ma faute: forcé de m'absenter de Paris, j'ai confié les enfants à ma femme; son confesseur lui a tourné l'esprit, lui a persuadé que vos filles seraient mieux dans un couvent que chez nous; elle l'a cru, elle les y a laissé conduire; maintenant… on a dit au couvent qu'on ne sait pas où elles sont; voilà la vérité… Faites de moi ce que vous voudrez… je n'ai qu'à me taire et à endurer.
— Mais c'est infâme!… s'écria Pierre Simon en désignant Dagobert avec un geste d'indignation désespérée; mais à qui donc se confier… si celui-là m'a trompé… mon Dieu!…