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Environ deux heures après son lever, Adrienne s'étant fait, comme de coutume, habiller avec une rare élégance, renvoya ses femmes et demanda la Mayeux, qu'elle traitait avec une déférence marquée, la recevant toujours seule.
La jeune ouvrière entra précipitamment, le visage pâle, émue, et lui dit d'une voix tremblante:
— Ah! mademoiselle… mes pressentiments étaient fondés; on vous trahit…
— De quels pressentiments parlez-vous, ma chère enfant? dit
Adrienne surprise, et qui me trahit?
— M. Rodin… répondit la Mayeux.
VII. Les doutes.
En entendant l'accusation portée par la Mayeux contre Rodin, Mlle de Cardoville regarda la jeune fille avec un nouvel étonnement.
Avant de poursuivre cette scène, disons que la Mayeux avait quitté ses pauvres vieux vêtements, et était habillée de noir avec autant de simplicité que de goût. Cette triste couleur semblait dire son renoncement à toute vanité humaine, le deuil éternel de son coeur et les austères devoirs que lui imposait son dévouement à toutes les infortunes. Avec cette robe noire, la Mayeux portait un large col rabattu, blanc et net comme son petit bonnet de gaze à rubans gris, qui, laissant voir ses deux bandeaux de beaux cheveux bruns, encadrait son mélancolique visage aux doux yeux bleus; ses mains longues et fluettes, préservées du froid par des gants, n'étaient plus, comme naguère, violettes et marbrées, mais d'une blancheur presque diaphane.
Les traits altérés de la Mayeux exprimaient une vive inquiétude.
Mlle de Cardoville, au comble de la surprise, s'écria: