— Que dites-vous?…

— M. Rodin vous trahit, mademoiselle.

— Lui!… C'est impossible…

— Ah! mademoiselle… mes pressentiments ne m'avaient pas trompée.

— Vos pressentiments?

— La première fois que je me suis trouvée en présence de M. Rodin, malgré moi j'ai été saisie de frayeur; mon coeur s'est douloureusement serré… et j'ai craint… pour vous… mademoiselle.

— Pour moi? dit Adrienne, et pourquoi n'avez-vous pas craint pour vous, ma pauvre amie?

— Je ne sais, mademoiselle, mais tel a été mon premier mouvement, et cette frayeur était si invincible que, malgré la bienveillance que M. Rodin me témoignait pour ma soeur, il m'épouvantait toujours.

— Cela est étrange. Mieux que personne je comprends l'influence presque irrésistible des sympathies ou des aversions… mais dans cette circonstance… Enfin, reprit Adrienne après un moment de réflexion… il n'importe; comment aujourd'hui vos soupçons se sont-ils changés en certitude?

— Hier, j'étais allée porter à ma soeur Céphyse le secours que M. Rodin m'avait donné pour elle au nom d'une personne charitable… Je ne trouvai pas Céphyse chez l'amie qui l'avait recueillie. Je priai la portière de la maison de prévenir ma soeur que je reviendrais ce matin… C'est ce que j'ai fait. Mais pardonnez-moi, mademoiselle, quelques détails sont nécessaires.