— Parlez, parlez, mon amie.
— La jeune fille qui a recueilli ma soeur chez elle, dit la pauvre Mayeux très embarrassée, en baissant les yeux et en rougissant, ne mène pas une conduite très régulière. Une personne avec qui elle a fait plusieurs parties de plaisir, nommée M. Dumoulin, lui avait appris le véritable nom de M. Rodin, qui, occupant dans cette maison un pied-à-terre, s'y faisait appeler M. Charlemagne.
— C'est ce qu'il nous a dit chez M. Baleinier; puis, avant-hier, revenant sur cette circonstance, il m'a expliqué la nécessité où il se trouvait pour certaines raisons d'avoir ce modeste logement dans ce quartier écarté… et je n'ai pu que l'approuver.
— Eh bien! hier M. Rodin a reçu chez lui M. l'abbé d'Aigrigny!
— L'abbé d'Aigrigny! s'écria Mlle de Cardoville.
— Oui, mademoiselle, il est resté deux heures enfermé avec
M. Rodin.
— Mon enfant, on vous aura trompée.
— Voici ce que j'ai su, mademoiselle: l'abbé d'Aigrigny était venu le matin pour voir M. Rodin; ne le trouvant pas, il avait laissé chez la portière son nom écrit sur du papier, avec ces mots: _Je reviendrai dans deux heures. _La jeune fille dont je vous ai parlé, mademoiselle, a vu ce papier. Comme tout ce qui regarde M. Rodin semble assez mystérieux, elle a eu la curiosité d'attendre M. l'abbé d'Aigrigny chez la portière pour le voir entrer, et en effet, deux heures après, il est revenu et a trouvé M. Rodin chez lui.
— Non… non… dit Adrienne en tressaillant, c'est impossible, il y a erreur…
— Je ne le pense pas, mademoiselle; car, sachant combien cette révélation était grave, j'ai prié la jeune fille de me faire à peu près le portrait de l'abbé d'Aigrigny.