— M. Rodin va être bientôt seul avec le prince, dit Florine.

— Sans doute, dit Adrienne.

— Le prince se tient toujours dans le petit salon qui s'ouvre sur la serre chaude… C'est là qu'il recevra M. Rodin.

— Ensuite? reprit Adrienne.

— Cette serre chaude, que j'ai fait arranger d'après les ordres de mademoiselle, a son unique sortie par une petite porte donnant dans une ruelle; c'est par là que le jardinier entre chaque matin, afin de ne pas traverser les appartements… Une fois son service terminé, il ne revient pas de la journée…

— Que veux-tu dire? Quel est ton projet? dit Adrienne en regardant Florine, de plus en plus surprise.

— Les massifs de plantes sont disposés de telle façon qu'il me semble que, même lors que le store qui peut cacher la glace séparant le salon de la serre chaude ne serait pas abaissé, on pourrait, je crois, sans être vu, s'approcher assez pour entendre ce qui se dit dans cette pièce… C'est toujours par la porte de la serre que j'entrais ces jours derniers pour en surveiller l'arrangement… Le jardinier avait une clef… moi, une autre… Heureusement je ne la lui ai pas encore rendue… Avant une heure, mademoiselle peut savoir à quoi s'en tenir sur M. Rodin… car, s'il trahit le prince… il la trahit aussi.

— Que dis-tu? s'écria Mlle de Cardoville.

— Mademoiselle part à l'instant avec moi; nous arrivons à la porte de la ruelle… J'entre seule pour plus de précaution, et si l'occasion me paraît favorable… je reviens…

— De l'espionnage… dit Mlle de Cardoville avec hauteur et interrompant Florine, vous n'y songez pas…