— Ah! mon Dieu! c'est désolant!
— Qu'avez-vous? lui demanda Djalma, sortant du sombre silence où il était plongé depuis quelques instants.
— Hélas! mon cher prince, reprit Rodin, il m'arrive la chose du monde la plus vulgaire, la plus puérile, ce qui ne l'empêche pas d'être pour moi infiniment fâcheuse… j'ai oublié ou perdu mes lunettes; or par ce demi-jour et surtout à cause de la détestable vue que le travail et les années m'ont faite, il m'est absolument impossible de lire cette lettre, fort importante, car on attend de moi une réponse très prompte, très simple et très catégorique, un oui ou un non… L'heure presse; c'est désespérant… Si encore, ajouta Rodin en appuyant sur ces mots sans regarder Djalma, mais afin que ce dernier les remarquât, si encore quelqu'un pouvait me rendre le service de lire pour moi… Mais non… personne… personne…
— Mon père, lui dit obligeamment Djalma, voulez-vous que je lise pour vous? la lecture finie, j'aurai oublié ce que j'aurai lu.
— Vous? s'écria Rodin, comme si la proposition de l'Indien lui eût semblé à la fois exorbitante et dangereuse, c'est impossible, prince… vous… lire cette lettre!…
— Alors, excusez ma demande, dit doucement Djalma.
— Mais, au fait, reprit Rodin après un moment de réflexion et se parlant à lui-même, pourquoi non? Et il ajouta en s'adressant à Djalma:
— Vraiment, vous auriez cette complaisance, mon cher prince? Je n'aurais pas osé vous demander ce service. Ce disant, Rodin remit la lettre à Djalma, qui lut à voix haute. Cette lettre était ainsi conçue:
«Votre visite de ce matin à l'hôtel de Saint-Dizier, d'après ce qui m'a été rapporté, doit être considérée comme une nouvelle agression de votre part.
«Voici la dernière proposition que l'on vous a annoncée, peut-être sera-t-elle aussi infructueuse que la démarche que j'ai bien voulu tenter hier en me rendant rue Clovis.