«— Monsieur, me dit-elle d'une voix tremblante en paraissant faire un effort sur elle-même, êtes-vous l'un des ouvriers de cette fabrique?
«— Oui, madame. «— M. Hardy est donc en danger? s'écria-t-elle.
«— M. Hardy, madame! mais il n'est pas de retour à la fabrique.
«— Comment! reprit-elle, M. Hardy n'est pas revenu ici hier au soir, il n'a pas été très dangereusement blessé par une machine en visitant ses ateliers?»
En prononçant ces mots, les lèvres de cette pauvre jeune dame tremblaient fort, et je voyais de grosses larmes rouler dans ses yeux.
«— Dieu merci, madame, rien n'est plus faux que tout cela, lui dis-je; car M. Hardy n'est pas de retour; on annonce seulement son arrivée pour demain ou après.
«— Ainsi, monsieur… vous dites bien vrai, M. Hardy n'est pas arrivé, n'est pas blessé? reprit la jolie dame en essuyant ses yeux.
«— Je vous dis la vérité, madame: si M. Hardy était en danger, je ne serais pas si tranquille en vous parlant de lui.
«— Ah! merci! mon Dieu! merci!» s'écria la jeune dame.
«Puis elle m'exprima sa reconnaissance d'un air si heureux, si touché, que j'en fus ému. Mais tout à coup, comme si alors elle avait honte de la démarche qu'elle venait de faire, elle rebaissa son voile, me quitta précipitamment, sortit de la cour et remonta dans le fiacre qui l'avait amenée. Je me dis: C'est une dame qui s'intéresse à M. Hardy et qui aura été alarmée par un faux bruit.
— Elle l'aime sans doute, dit la Mayeux attendrie, et, dans son inquiétude, elle aura commis peut-être une imprudence en venant s'informer de ses nouvelles.