— Tu ne dis que trop vrai. Je la regarde remonter dans son fiacre avec intérêt, car son émotion m'avait gagné… Le fiacre repart… Mais que vois-je quelques instants après? Un cabriolet de place que la jeune dame n'avait pu apercevoir, caché qu'il était par l'angle de la muraille; et au moment où il détourne, je distingue parfaitement un homme, assis à côté du cocher, lui faisant signe de prendre le même chemin que le fiacre.

— Cette pauvre jeune dame était suivie, dit la Mayeux avec inquiétude.

— Sans doute, aussi je m'élance après le fiacre, je l'atteins, et, à travers les stores baissés, je dis à la jeune dame, en courant à côté de la portière: «Madame, prenez garde à vous, vous êtes suivie par un cabriolet.»

— Bien!… bien, Agricol… et t'a-t-elle répondu?

— Je l'ai entendue crier: «Grand Dieu!» avec un accent déchirant, et le fiacre a continué de marcher. Bientôt le cabriolet a passé devant moi; j'ai vu à côté du cocher un homme grand, gros et rouge, qui, m'ayant vu courir après le fiacre, s'est peut-être douté de quelque chose car il m'a regardé d'un air inquiet.

— Et quand arrive M. Hardy? reprit la Mayeux.

— Demain ou après-demain… Maintenant, ma bonne Mayeux, conseille-moi… Cette jeune dame aime M. Hardy, c'est évident… Elle est sans doute mariée, puisqu'elle avait l'air très embarrassé en me parlant et qu'elle a poussé un cri d'effroi en apprenant qu'on la suivait… Que dois-je faire?… J'avais envie de demander avis au père Simon; mais il est si rigide… Et puis à son âge… une affaire d'amour!… Au lieu que toi ma bonne Mayeux, qui es si délicate, et si sensible… tu comprendras cela.

La jeune fille tressaillit, sourit avec amertume; Agricol ne s'en aperçut pas et continua:

— Aussi, je me suis dit: Il n'y a que la Mayeux qui puisse me conseiller. En admettant que M. Hardy revienne demain, dois-je lui dire ce qui s'est passé ou bien…

— Attends donc… s'écria tout à coup la Mayeux en interrompant Agricol et en paraissant rassembler ses souvenirs, lorsque je suis allée au couvent de Sainte-Marie demander de l'ouvrage à la supérieure, elle m'a proposé d'entrer ouvrière à la journée dans une maison où je devais… surveiller… tranchons le mot… espionner…