— Bonjour, monsieur Charlemagne, dit la mère Arsène à Rodin qui s'avançait alors sur le seuil de la porte, vous venez deux fois en un jour, à la bonne heure, car vous êtes joliment rare.
— Vous êtes trop honnête, ma chère dame, dit Rodin avec un salut fort courtois. Et il entra dans la boutique de la fruitière.
II. Le réduit.
La physionomie de Rodin, lorsqu'il était entré chez la mère Arsène, respirait la simplicité la plus candide; il appuya ses deux mains sur la pomme de son parapluie et lui dit:
— Je regrette bien, ma chère dame, de vous avoir éveillée ce matin de très bonne heure…
— Vous ne venez pas assez souvent, mon digne monsieur, pour que je vous fasse des reproches.
— Que voulez-vous, chère dame! j'habite la campagne, et je ne peux venir que de temps à autre dans ce pied-à-terre pour y faire mes petites affaires.
— À propos de ça, monsieur, la lettre que vous attendiez hier est arrivée ce matin; elle est grosse et vient de loin. La voilà, dit la fruitière en la tirant de sa poche, elle n'a pas coûté de port.
— Merci, ma chère dame, dit Rodin en prenant la lettre avec une indifférence apparente; et il la mit dans la poche de côté de sa redingote, qu'il reboutonna ensuite soigneusement.
— Allez-vous monter chez vous, monsieur?