L'enfant, dans ce nouveau désastre, ne put que se jeter à genoux au milieu de la rue, puis joignant les mains en sanglotant, il s'écria d'une voix désespérée:
«— Au secours!… au secours!…
«Ce cri fut entendu; plusieurs passants s'attroupèrent, une correction beaucoup plus efficace que la mienne fut administrée au cheval rétif, qui se releva… mais dans quel état, grand Dieu! sans son harnais!
«— Mon maître me battra, s'écria le pauvre enfant en redoublant de sanglots: je suis déjà en retard de deux heures, car le cheval ne voulait pas marcher et voilà son harnais brisé… Mon maître me battra, me chassera. Qu'est-ce que je deviendrai, mon Dieu!… je n'ai plus ni père ni mère.
«À ces mots prononcés avec une exclamation déchirante, une brave marchande du Temple, qui était parmi les curieux, s'écria d'un air attendri:
«— Plus de père! plus de mère!… Ne te désole pas, pauvre petit, il y a des ressources au Temple, on va raccommoder ton harnais, et si mes commères sont comme moi, tu ne t'en iras pas pieds nus et tête nue par un temps pareil.
«Cette proposition fut accueillie avec acclamation; on emmena l'enfant et le cheval; les uns s'occupèrent de raccommoder le harnais, puis une marchande fournit une casquette, l'autre une paire de bas, celle-ci des souliers, celle-là une bonne veste; en un quart d'heure, l'enfant fut bien chaudement vêtu, le harnais réparé, et un grand garçon de dix-huit ans, brandissant un fouet qu'il fit claquer aux oreilles du cheval en manière d'avertissement, dit à l'enfant, qui, regardant tour à tour et ses bons vêtements et les marchandes, se croyait le héros d'un conte de fées:
«— Où demeure ton maître, mon garçon?
«— Quai du Canal-Saint-Martin, monsieur, répondit-il d'une voix émue et tremblante de joie.
«— Bon! dit le jeune homme, je vais t'aider à reconduire ton cheval, qui, avec moi, marchera droit, et je dirai à ton maître que ton retard vient de sa faute. On ne confie pas un cheval rétif à un enfant de ton âge.