La croisée refermée, le tavernier revint auprès de Morok à l'instant où celui-ci quittait le cabinet pour la grande salle où les chefs des _Loups _venaient de faire irruption, pendant que leurs compagnons vociféraient dans la cour et dans l'escalier. Huit ou dix de ces insensés, que l'on poussait à leur insu à ces scènes de désordre, s'étaient des premiers précipités dans la salle, les traits animés par le vin et par la colère: la plupart étaient armés de longs bâtons. Un carrier d'une taille et d'une force herculéennes, coiffé d'un mauvais mouchoir rouge dont les lambeaux flottaient sur ses épaules, misérablement vêtu d'une peau de bique à moitié usée, brandissait une lourde pince de fer, et paraissait diriger le mouvement; les yeux injectés de sang, la physionomie menaçante et féroce, il s'avança vers le cabinet, faisant mine de vouloir repousser Morok, et s'écriant d'une voix tonnante:

— Où sont les _Dévorants!… _les _Loups _en veulent manger! Le cabaretier hâta d'ouvrir la porte du cabinet en disant:

— Il n'y a personne, mes amis… il n'y a personne… voyez vous- mêmes.

— C'est vrai, dit le carrier surpris, après avoir jeté un coup d'oeil dans le cabinet; où sont-ils donc? on nous avait dit qu'il y en avait ici une quinzaine. Ou ils auraient marché avec nous sur la fabrique, ou il y aurait eu bataille, et les _Loups _auraient mordu!

— S'ils ne sont pas venus, dit un autre, ils viendront: il faut les attendre.

— Oui… oui, attendons-les.

— On se verra de plus près!

— Puisque les _Loups _veulent voir des Dévorants, dit Morok, pourquoi ne vont-ils pas hurler autour de la fabrique de ces mécréants, de ces athées… Aux premiers hurlements des _Loups… _ils sortiraient, il y aurait bataille…

— Il y aurait… bataille, répéta machinalement Couche-tout-nu.

— À moins que les _Loups _n'aient peur des _Dévorants! _ajouta
Morok.