La jeune fille, après avoir embrassé sa mère, sortit avec Agricol, dont elle prit le bras.

— Mon Dieu, monsieur Agricol, dit Angèle, si vous saviez combien j'ai été surprise en entrant dans cette belle maison, moi qui étais habituée à voir tant de misère chez les pauvres ouvriers de notre province… misère que j'ai partagée aussi… tandis qu'ici tout le monde a l'air si heureux, si content!… c'est comme une féerie; en vérité, je crois rêver; et quand je demande à ma mère l'explication de cette féerie, elle me répond: «M. Agricol t'expliquera cela.»

— Savez-vous pourquoi je suis si heureux de la douce tâche que je vais remplir, mademoiselle? dit Agricol avec un accent à la fois grave et tendre, c'est que rien ne pouvait venir plus à propos.

— Comment cela, monsieur Agricol?

— Vous montrer cette maison, vous faire connaître toutes les ressources de notre association, c'est pouvoir vous dire: Ici, mademoiselle, le travailleur, certain du présent, certain de l'avenir, n'est pas, comme tant de ses pauvres frères, obligé de renoncer aux plus doux besoins du coeur… au désir de choisir une compagne pour la vie… cela… dans la crainte d'unir sa misère à une autre misère.

Angèle baissa les yeux et rougit.

— Ici le travailleur peut se livrer sans inquiétude à l'espoir des douces joies de la famille, bien sûr de ne pas être déchiré plus tard par la vue des horribles privations de ceux qui lui sont chers; ici, grâce à l'ordre, au travail, au sage emploi des forces de chacun, hommes, femmes, enfants, vivent heureux et satisfaits; en un mot, vous expliquer tout cela, ajouta Agricol en souriant d'un air plus tendre, c'est vous prouver qu'ici, mademoiselle, l'on ne peut rien faire de plus raisonnable… que de s'aimer, et rien de plus sage… que de se marier.

— Monsieur… Agricol, répondit Angèle d'une voix doucement émue et en rougissant encore plus, si nous commencions notre promenade?

— À l'instant, mademoiselle, répondit le forgeron, heureux du trouble qu'il fit naître dans cette âme ingénue. Mais tenez, nous sommes tout près du dortoir des petites filles. Ces oiseaux gazouilleurs sont dénichés depuis longtemps; allons-y.

— Volontiers, monsieur Agricol. Le jeune forgeron et Angèle entrèrent bientôt dans un vaste dortoir, pareil à celui d'une excellente pension. Les petits lits en fer étaient symétriquement rangés; à chacune des extrémités se voyaient les lits des deux mères de famille qui remplissaient tour à tour le rôle de surveillante.