— Mon Dieu! comme ce dortoir est bien distribué, monsieur
Agricol! et quelle propreté! Qui donc soigne cela si parfaitement?

— Les enfants eux-mêmes; il n'y a pas ici de serviteurs; il existe entre ces bambins une émulation incroyable; c'est à qui aura mieux fait son lit; cela les amuse au moins autant que de faire le lit de leur poupée. Les petites filles, vous le savez, adorent _jouer au ménage. _Eh bien, ici elles y jouent sérieusement, et le ménage se trouve merveilleusement fait…

— Ah! je comprends… on utilise leurs goûts naturels pour toutes ces sortes d'amusements.

— C'est là tout le secret; vous les verrez partout très utilement occupées, et ravies de l'importance que ces occupations leur donnent.

— Ah! monsieur Agricol, dit timidement Angèle, quand on compare ces beaux dortoirs, si sains, si chauds, à ces horribles mansardes glacées où les enfants sont entassés pêle-mêle sur une mauvaise paillasse, grelottant de froid ainsi que cela est chez presque tous les ouvriers de notre pays!

— Et à Paris, donc! mademoiselle… c'est peut-être pis encore.

— Ah! combien il faut que M. Hardy soit bon, généreux, et riche surtout, pour dépenser tant d'argent à faire du bien!

— Je vais vous étonner beaucoup, mademoiselle, dit Agricol en souriant, vous étonner tellement que peut-être vous ne me croirez pas…

— Pourquoi donc cela, monsieur Agricol?

— Il n'y a pas certainement au monde un homme d'un coeur meilleur et plus généreux que M. Hardy; il fait le bien pour le bien, sans songer à son intérêt; eh bien, figurez-vous, mademoiselle Angèle, qu'il serait l'homme le plus égoïste, le plus intéressé, le plus avare, qu'il trouverait encore un énorme profit à nous mettre à même d'être aussi heureux que nous le sommes.