— Marcel!!… vous êtes M. de Blessac! s'écria Rodin en feignant un étonnement douloureux. Ah! monsieur… si j'avais su…
— Mais, vous n'entendez donc pas cet homme, Marcel? s'écria
M. Hardy. Il dit que vous m'avez trahi d'une manière infâme…
Et il saisit la main de M. de Blessac. Cette main était glacée.
— Oh! mon Dieu!… dit M. Hardy en se reculant avec horreur. Il ne répond rien… rien…
— Puisque je me trouve en face de M. de Blessac, reprit Rodin, je suis obligé de lui demander s'il ose nier avoir adressé plusieurs lettres rue du Milieu-des-Ursins à Paris, sous le couvert de M. Rodin.
M. de Blessac resta muet.
M. Hardy, ne voulant pas encore croire à ce qu'il voyait, à ce qu'il entendait, ouvrit convulsivement la lettre que venait de lui remettre Rodin et en lut quelques lignes… entremêlant çà et là sa lecture d'exclamations qui peignaient sa douloureuse stupeur. Il n'eut pas besoin d'achever la lettre pour se convaincre de l'horrible trahison de M. de Blessac.
M. Hardy chancela, un moment ses sens l'abandonnèrent… à cette horrible découverte, il se sentit pris de vertige, la tête lui tourna au premier regard qu'il jeta dans cet abîme d'infamie. L'abominable lettre tomba de ses mains tremblantes. Mais bientôt l'indignation, le courroux, le mépris, succédant à cet accablement, il s'élança pâle, terrible sur M. de Blessac.
— Misérable!!! s'écria-t-il en faisant un geste menaçant. Puis, s'arrêtant au moment de frapper, il dit avec un calme effrayant: — Non… ce serait souiller ma main… — Et il ajouta en se tournant vers Rodin, qui s'était avancé vivement pour s'interposer: — Ce n'est pas la joue d'un infâme… que je dois souffleter… c'est votre loyale main que je dois serrer, monsieur… car vous avez eu le courage de démasquer un traître et un lâche.
— Monsieur! s'écria M. de Blessac éperdu de honte, je suis à vos ordres… et…