— Les Loups, quelques compagnons carriers et tailleurs de pierres auxquels se sont joints sur la route une foule de gens des environs et des rôdeurs de barrières. Tenez, les entendez-vous?… ils crient: Mort aux Dévorants!
En effet, les clameurs approchaient de plus en plus distinctes.
— C'est le bruit que j'ai entendu tout à l'heure, dit le maréchal en se levant à son tour.
— Ils sont plus de deux cents, monsieur Simon, dit Olivier; ils sont armés de pierres, de bâtons et, par malheur, la plupart des ouvriers de la fabrique sont à Paris. Nous ne sommes que quarante ici en tout; les femmes et les enfants se sauvent déjà dans les chambres, en poussant des cris d'effroi. Les entendez-vous?…
En effet, le plafond retentissait sous des piétinements précipités.
— Est-ce que cette attaque serait sérieuse? dit le maréchal à son père, qui paraissait de plus en plus inquiet.
— Très sérieuse, dit le vieillard; il n'y a rien de plus terrible que les rixes de compagnonnage, et, de plus, on met depuis longtemps tout en oeuvre pour irriter les gens des environs contre la fabrique.
— Si vous êtes si inférieurs en nombre, dit le maréchal, il faut d'abord bien barricader toutes les portes… et ensuite…
Il ne put achever. Une explosion de cris forcenés fit trembler les vitres de la chambre, et éclata si proche et avec tant de force que le maréchal, son père et le jeune ouvrier sortirent aussitôt dans le petit jardin, borné d'un côté par un mur assez élevé qui donnait sur les champs.
Soudain, et alors que les cris redoublaient de violence, une grêle de pierres et de cailloux énormes, destinés à casser les vitres des fenêtres de la maison, défoncèrent quelques croisées du premier étage, ricochèrent sur le mur et tombèrent dans le jardin, autour du maréchal et de son père.