— Faudra bien que nous les trouvions.
— Allons… allons!… Et la foule, le carrier en tête, non loin duquel marchait Ciboule, brandissant un bâton, s'avançait en tumulte, vers une grande porte assez peu éloignée. Le terrain sonore trembla sous le piétinement précipité du rassemblement, qui alors ne criait plus; ce bruit confus, mais pour ainsi dire souterrain, semblait peut-être plus sinistre encore que les cris forcenés. Les _Loups _arrivèrent bientôt en face de cette porte en chêne massif.
Au moment où le carrier levait un formidable marteau de tailleur de pierres sur l'un des battants… ce battant s'ouvrit brusquement. Quelques-uns des assaillants les plus déterminés allaient se précipiter par cette entrée; mais le carrier se recula en étendant les bras, comme pour modérer cette ardeur et imposer silence aux siens; ceux-ci se groupèrent et s'entassèrent autour de lui. La porte, entr'ouverte, laissait apercevoir un gros d'ouvriers, malheureusement peu nombreux, mais dont la contenance annonçait la résolution; ils s'étaient armés à la hâte de fourches, de pinces de fer, de bâtons; Agricol, placé à leur tête, tenait à la main son lourd marteau de forgeron. Le jeune ouvrier était très pâle; on voyait au feu de ses prunelles, à sa physionomie provocante, à son assurance intrépide, que le sang de son père bouillait dans ses veines, et qu'il pouvait, dans une lutte pareille, devenir terrible. Pourtant il parvint à se contenir, et dit au carrier d'une voix ferme:
— Que voulez-vous?
— Bataille! cria le carrier d'une voix tonnante.
— Oui… oui… bataille!… répéta la foule.
— Silence… mes _Loups… _cria le carrier en se retournant et en étendant sa large main vers la multitude. Puis, s'adressant à Agricol:
— Les _Loups _viennent demander bataille…
— Contre qui?
— Contre les Dévorants.