— Moi.
— Et comment?
— Voyez la puissance de ma baguette; je veux vous distraire d'une partie de vos pensées en vous les rendant matériellement visibles…
— Expliquez-vous, de grâce.
— Et de plus mon projet aura encore pour vous un autre avantage. Écoutez-moi: vous êtes si heureuse, que vous pouvez tout entendre… votre odieuse tante et ses odieux amis répandent le bruit que votre séjour chez M. Baleinier…
— A été nécessité par la faiblesse de mon esprit, dit Adrienne en souriant, je m'y attendais.
— C'est stupide; mais comme votre résolution de vivre seule vous fait des envieux et des ennemis, vous sentez pourquoi il ne manquera pas des gens parfaitement disposés, à donner créance à toutes les stupidités possibles.
— Je l'espère bien… Passer pour folle aux yeux des sots… c'est très flatteur.
— Oui, mais prouver aux sots qu'ils sont des sots, et cela à la face de tout Paris, c'est amusant; or, on commence à s'inquiéter de votre disparition; vous avez interrompu vos promenades habituelles en voiture; ma nièce paraît seule depuis longtemps dans notre loge aux Italiens. Vous voulez tuer, brûler le temps jusqu'à demain… voici une occasion excellente: il est deux heures; à trois heures et demie ma nièce est ici en voiture; la journée est splendide… il y aura un monde fou au bois de Boulogne, vous faites une charmante promenade; on vous voit déjà là… puis, le grand air, le mouvement, calmeront votre fièvre de bonheur… Et ce soir, c'est là que commence ma magie, je vous conduis dans l'Inde.
— Dans l'Inde?…