— Me crois-tu lâche?

— Non, pardieu!

— Eh bien, pourtant, cet Anglais à figure grotesque m'épouvante plus que mon tigre ou ma panthère…

— Tu me le dis… je te crois, répondit Jacques; mais je ne comprends pas en quoi la présence de cet homme t'épouvante…

— Mais songe donc, misérable! s'écria Morok, qu'obligé d'épier sans cesse le moindre mouvement de la bête féroce que je tiens domptée sous mon geste et mon regard, il y a pour moi quelque chose d'effrayant à savoir que deux yeux sont là… toujours là… fixes… attendant que la moindre distraction me livre aux dents des animaux!

— Maintenant je comprends, reprit Jacques, et il tressaillit à son tour. Ça fait peur.

— Oui… car… une fois là… j'ai beau ne pas l'apercevoir, cet Anglais de malheur, il me semble voir toujours devant moi ses deux yeux ronds, fixes et grands ouverts… Mon tigre Caïn a déjà failli une fois me dévorer le bras… pendant une distraction que me causait cet Anglais que l'enfer confonde!… Tonnerre et sang! s'écria Morok, cet homme me sera fatal…

Et Morok marcha dans la loge avec agitation.

— Sans compter que la Mort a ce soir ses oreilles aplaties sur son crâne, reprit brutalement Goliath. Si vous vous obstinez… c'est moi qui vous le dis… l'Anglais gagnera son pari ce soir.

— Sors d'ici, brute… ne me romps pas la tête de tes prédictions de malheur, s'écria Morok, et va préparer le collier de la Mort.