— Soit, dit le père d'Aigrigny. Ceci est un fait acquis; voici
Mlle de Cardoville blessée au coeur.
— Mais qu'en résulte-t-il pour les intérêts de l'affaire Rennepont? reprit le cardinal avec curiosité en s'accoudant sur la table.
— Il en résulte d'abord, dit Rodin, que, lorsque le plus dangereux ennemi que l'on puisse avoir est dangereusement blessé, il quitte le champ de bataille; c'est déjà quelque chose, ce me semble?
— En effet, dit la princesse, l'esprit, l'audace de Mlle de Cardoville pouvaient en faire l'âme de la coalition dirigée contre nous.
— Soit, reprit obstinément le père d'Aigrigny; sous ce rapport elle n'est plus à craindre, c'est un avantage. Mais cette blessure au coeur ne l'empêchera pas d'hériter?
— Qui vous l'a dit? demanda froidement Rodin avec assurance. Savez-vous pourquoi j'ai tant fait pour la rapprocher, d'abord malgré elle, de Djalma, et ensuite pour l'éloigner de lui, encore malgré elle?
— Je vous le demande, dit le père d'Aigrigny, en quoi cet orage de passions empêchera-t-il Mlle de Cardoville et le prince d'hériter?
— Est-ce d'un ciel serein ou d'un ciel d'orage que part la foudre qui éclate et qui frappe? Soyez tranquille, je saurai où placer le paratonnerre. Quant à M. Hardy, cet homme vivait pour trois choses: pour ses ouvriers, pour un ami, pour une maîtresse! il a reçu trois traits en plein coeur. Je vise toujours au coeur, moi; c'est légal, et c'est sûr.
— C'est légal, c'est sûr et c'est louable, dit l'évêque; car, si j'ai bien entendu, ce fabricant avait une concubine… or, il est bien de faire servir une passion mauvaise à la punition du méchant…
— Ceci est évident, ajouta le cardinal, ils ont de mauvaises passions… on s'en sert… c'est leur faute…