Gabriel poussa un cri d'angoisse et se jeta à genoux auprès du père d'Aigrigny en disant:

— Grand Dieu! il est mort…

Singulière mobilité de la foule si impressionnable pour le mal comme pour le bien. Au cri déchirant de Gabriel, ces gens, qui, un instant auparavant, demandaient à grands cris le massacre de cet homme, se sentirent presque apitoyés… Ces mots_, il est mort! _circulèrent à voix basse dans la foule, avec un léger frémissement, pendant que Gabriel soulevait d'une main la tête appesantie du père d'Aigrigny, et de l'autre cherchait son pouls à travers son épiderme glacé.

— Monsieur le curé, dit le carrier en se penchant vers Gabriel, vraiment, est-ce qu'il n'y a plus de ressource?…

La réponse de Gabriel fut attendue avec anxiété au milieu d'un silence profond; à peine si l'on osait échanger quelques paroles à voix basse…

— Soyez béni, mon Dieu! s'écria tout à coup Gabriel, son coeur bat…

— Son coeur bat… répéta le carrier en retournant la tête vers la foule pour lui apprendre cette bonne nouvelle.

— Ah! son coeur bat, redit tout bas la foule.

— Il y a de l'espoir… nous pourrons le sauver… ajouta Gabriel avec une expression de bonheur indicible.

— Nous pourrons le sauver, répéta machinalement le carrier.