— On pourra le sauver, murmura doucement la foule.
— Vite, vite, reprit Gabriel en s'adressant au carrier, aidez- moi, mon frère; transportons-le dans une maison voisine… on lui donnera là les premiers soins…
Le carrier obéit avec empressement. Pendant que le missionnaire soulevait le père d'Aigrigny par-dessous les bras, le carrier prit par les jambes ce corps presque inanimé; à eux deux ils le transportèrent en dehors du choeur…
À la vue du redoutable carrier aidant le jeune prêtre à secourir cet homme qu'elle poursuivait naguère de cris de mort, la multitude éprouva un soudain revirement de pitié. Ces hommes, subissant la pénétrante influence de la parole et de l'exemple de Gabriel, se sentirent attendris; ce fut alors à qui offrirait ses services.
— Monsieur le curé, il serait mieux sur une chaise que l'on porterait à bras, dit Ciboule.
— Voulez-vous que j'aille chercher un brancard à l'Hôtel-Dieu? dit un autre.
— Monsieur le curé, j'vas vous remplacer, ce corps est trop lourd pour vous.
— Ne vous donnez pas la peine, dit un homme vigoureux en s'approchant respectueusement du missionnaire; je le porterai bien, moi.
— Si je filais chercher une voiture, monsieur le curé? dit un affreux gamin en ôtant sa calotte grecque.
— Tu as raison, dit le carrier; cours vite, moutard.