À cette naïveté, car la reine Bacchanal parlait sérieusement, les deux soeurs ne purent s'empêcher de sourire tristement.

— C'est égal, reprit Céphyse. À quoi bon te donner une souffrance de plus… et plus tôt?

Puis, montrant à sa soeur la paillasse encore un peu garnie,
Céphyse ajouta:

— Tu vas te coucher là, bonne petite soeur, lorsque le fourneau sera allumé, je viendrai m'asseoir à côté de toi.

— Ne sois pas longtemps… Céphyse.

— Dans cinq minutes, c'est fait. Le bâtiment élevé sur la rue était séparé par une cour étroite du corps de logis où se trouvait le réduit des deux soeurs, et le dominait tellement, qu'une fois le soleil disparu derrière de hauts pignons, la mansarde devint assez obscure, le jour voilé de la fenêtre aux carreaux presque opaques, tant ils étaient sordides, éclairait faiblement la vieille paillasse à carreaux bleus et blancs sur laquelle la Mayeux, vêtue d'une robe en lambeaux, se tenait à demi couchée. S'accoudant alors sur son bras gauche, le menton appuyé dans la paume de sa main elle se mit à regarder sa soeur avec une expression déchirante, Céphyse, agenouillée devant le réchaud, le visage penché vers le noir charbon au-dessus duquel voltigeait déjà çà et là une petite flamme bleuâtre… Céphyse soufflait avec force sur un peu de braise allumée, qui jetait sur la pâle figure de la jeune fille des reflets ardents. Le silence était profond… L'on n'entendait pas d'autre bruit que celui du souffle haletant de Céphyse, et, par intervalles, la légère crépitation du charbon qui, commençant à s'embraser, exhalait déjà une odeur fade à soulever le coeur.

Céphyse, voyant le réchaud complètement allumé et se sentant déjà un peu étourdie, se releva et dit à sa soeur en s'approchant d'elle:

— C'est fait…

— Ma soeur, reprit la Mayeux en se mettant à genoux sur la paillasse, pendant que Céphyse était encore debout, comment allons-nous nous placer? Je voudrais bien être tout près de toi… jusqu'à la fin…

— Attends, dit Céphyse en exécutant à mesure les mouvements dont elle parlait, je vais m'asseoir au chevet de la paillasse, adossée au mur. Maintenant, petite soeur, viens, couche-toi là… Bon… appuie ta tête sur mes genoux… et donne-moi ta main. Es-tu bien ainsi?