Puis après un moment de silence, la Mayeux dit soudain à sa soeur:

— Crois-tu qu'Agricol me regrette beaucoup et pense longtemps à moi?

— Peux-tu demander cela!… dit Céphyse d'un ton de reproche.

— Tu as raison… reprit doucement la Mayeux. Il y a un mauvais sentiment dans ce doute… mais si tu savais…

— Quoi, soeur? La Mayeux hésita un instant et dit avec accablement:

— Rien… Puis elle ajouta:

— Heureusement, je meurs bien convaincue qu'il n'aura jamais besoin de moi; il est marié à une jeune fille charmante; ils s'aiment… je suis sûre… qu'elle fera son bonheur.

En prononçant ces derniers mots, l'accent de la Mayeux s'était de plus en plus affaibli. Tout à coup elle tressaillit, et dit à Céphyse, d'une voix tremblante, presque craintive:

— Ma soeur, serre-moi dans tes bras… oh! j'ai peur: je vois tout d'un bleu sombre, et les objets tourbillonnent autour de moi.

Et la malheureuse créature, se relevant un peu, cacha son visage dans le sein de sa soeur, toujours assise, et l'entoura de ses deux bras languissants.