— J'ai comme des vertiges… les tempes me bourdonnent… répondit la Mayeux. Et toi, comment te sens-tu!

— Je commence seulement à être un peu étourdie; c'est singulier, chez moi… l'effet est plus tardif que chez toi.

— Oh! c'est que moi, dit la Mayeux en tâchant de sourire, j'ai toujours été si précoce… Te souviens-tu… à l'école des soeurs, on disait que j'étais toujours plus avancée que les autres… Cela m'arrive encore, comme tu vois.

— Oui… mais j'espère te rattraper tout à l'heure, dit Céphyse.

Ce qui étonnait les deux soeurs était naturel; quoique très affaiblie par les chagrins et par la misère, la reine Bacchanal, d'une constitution aussi robuste que celle de la Mayeux était frêle et délicate, devait ressentir beaucoup moins promptement que sa soeur les effets de l'asphyxie.

Après un instant de silence, Céphyse reprit en posant sa main sur le front de la Mayeux, dont elle supportait toujours la tête sur ses genoux:

— Tu ne me dis rien… soeur!… tu souffres, n'est-ce pas?

— Non, dit la Mayeux d'une voix affaiblie; mes paupières sont pesantes comme du plomb… l'engourdissement me gagne… je m'aperçois… que je parle plus lentement… mais je ne sens encore aucune douleur vive… Et toi, soeur?

— Pendant que tu me parlais, j'ai éprouvé un vertige; maintenant mes tempes battent avec force.

— Comme elles me battaient tout à l'heure; on croirait que c'est plus douloureux et plus difficile que cela… de mourir…