— Monsieur, permettez-moi de vous adresser à mon tour une question.

— Parlez, mademoiselle.

— La réponse que je vais vous faire sera-t-elle regardée par vous comme une dénonciation formelle?

— Je viens ici, mademoiselle, pour rechercher avant tout la vérité… aucune considération ne doit vous engager à la dissimuler.

— Soit, monsieur, reprit Adrienne, mais, supposé qu'ayant de justes sujets de plainte, me sera-t-il ensuite permis de ne pas donner suite à la déclaration que je vous aurai faite?

— Vous pourrez, sans doute, arrêter toute poursuite, mademoiselle; mais la justice reprendra votre cause au nom de la société, si elle a été lésée dans votre personne.

— Le pardon me serait-il interdit, monsieur? Un dédaigneux oubli du mal qu'on m'aurait fait ne me vengerait-il pas assez?

— Vous pourrez personnellement pardonner, oublier, mademoiselle; mais, j'ai l'honneur de vous le répéter, la société ne peut montrer la même indulgence dans le cas où vous auriez été victime d'une coupable machination… et j'ai tout lieu de craindre qu'il n'en ait été ainsi… La manière dont vous vous exprimez, la générosité de vos sentiments, le calme, la dignité de votre attitude, tout me porte à croire que l'on m'a dit vrai.

— J'espère, monsieur, dit le docteur Baleinier en reprenant son sang-froid, que vous me ferez du moins connaître la déclaration qui vous a été faite?

— Il m'a été affirmé, monsieur, dit le magistrat d'un ton sévère, que Mlle de Cardoville a été conduite ici par surprise…