Si étrange que cela paraisse, Adrienne était ravie de trouver cette jeune fille encore plus jolie qu'elle ne lui avait paru d'abord… L'indifférence stoïque de Djalma pour cette ravissante créature disait assez toute la sincérité de l'amour dont il était dominé.
Rose-Pompon, après avoir pris la main d'Adrienne, fut aussi confuse que surprise de la bonté avec laquelle Mlle de Cardoville accueillit sa familiarité. Enhardie par cette indulgence et par le silence d'Adrienne, qui depuis quelques instants la considérait avec une bienveillance presque reconnaissante, la grisette reprit:
— Oh!… n'est-ce pas, madame, que vous aurez pitié de ce pauvre prince?
Nous ne savons ce qu'Adrienne allait répondre à la demande indiscrète de Rose-Pompon, lorsque soudain une sorte de glapissement sauvage, aigu, strident, criard, mais qui semblait évidemment prétendre à imiter le chant du coq, se fit entendre derrière la porte.
Adrienne tressaillit, effrayée; mais tout à coup la physionomie de Rose-Pompon, d'une expression naguère si touchante, s'épanouit joyeusement; et, reconnaissant ce signal, elle s'écria en frappant dans ses mains:
— C'est Philémon!
— Comment! Philémon? dit vivement Adrienne.
— Oui… mon amant… Ah! le monstre, il sera monté à pas de loup… pour faire le coq… c'est bien lui!
Un second _co-co-rico _des plus retentissants se fit entendre de nouveau derrière la porte.
— Mon Dieu, cet être-là est-il bête et drôle! il fait toujours la même plaisanterie, et elle m'amuse toujours! dit Rose-Pompon.