«Toi… pleure, souffre, pense à la mort.

«Oui, la mort… toujours la mort, voilà quel doit être le terme, le but de toutes tes pensées… si tu penses… Mieux est de ne pas penser.

«Aie seulement le sentiment d'une douleur incessante, voilà tout ce qu'il faut pour gagner le ciel.

«On n'est bien venu du Dieu terrible, implacable, que nous adorons, qu'à force de misères et de tortures.»

Telles étaient les consolations offertes à cet infortuné… Alors, épouvanté, il refermait les yeux et retombait dans sa morne léthargie. Sortir de cette sombre maison de retraite, il ne le pouvait pas, ou plutôt il ne le désirait pas… la volonté lui manquait; et puis, il faut le dire… il avait fini par s'accoutumer à cette demeure et même par s'y trouver bien; on avait pour lui tant de soins discrets; on le laissait si seul avec sa douleur; il régnait dans cette maison un silence de tombe si bien d'accord avec le silence de son coeur, qui n'était plus qu'une tombe où dormaient ensevelis son dernier amour, sa dernière amitié, ses dernières espérances d'avenir pour les travailleurs! Toute énergie était morte en lui.

Alors il commença de subir une transformation lente, mais inévitable, et judicieusement prévue par Rodin, qui dirigeait cette machination dans ses moindres détails.

M. Hardy, d'abord épouvanté des sinistres maximes dont on l'entourait, s'était peu à peu habitué à les lire presque machinalement, de même que le prisonnier compte durant sa triste oisiveté les clous de la porte de la prison, ou les carreaux de sa cellule…

C'était déjà un grand résultat obtenu par les révérends pères.

Bientôt son esprit affaibli fut frappé de l'apparente justesse de quelques-uns de ces menteurs et désolants aphorismes. Ainsi il lisait:

«Il ne faut pas compter sur l'affection d'aucune créature sur la terre.»