— Que voulez-vous dire, mon ami? demanda M. Hardy.
— Oh! c'est encore une bonne pensée de Mlle de Cardoville; elle n'en a pas d'autres. Sachant entre quelles dangereuses mains vous étiez tombé, connaissant aussi la ruse perfide des gens qui veulent s'emparer de vous, elle m'a dit: «Monsieur Agricol, le caractère de M. Hardy est si loyal et si bon qu'il se laissera peut-être facilement abuser… car les coeurs droits répugnent toujours à croire aux indignités… mais il est un homme dont le caractère sacré devra, dans cette circonstance, inspirer toute confiance à M. Hardy… car ce prêtre admirable est notre parent, et il a failli être aussi victime des implacables ennemis de notre famille.»
— Et ce prêtre… quel est-il? demanda M. Hardy.
— L'abbé Gabriel de Rennepont, mon frère adoptif! s'écria le forgeron avec orgueil. C'est là un noble prêtre… Ah! monsieur… si vous l'aviez connu plus tôt, au lieu de désespérer… vous auriez espéré. Votre chagrin n'aurait pas résisté à ses consolations.
— Et ce prêtre… où est-il? demanda M. Hardy avec autant de surprise que de curiosité.
— Là, dans votre antichambre. Quand le père d'Aigrigny l'a vu avec moi, il est devenu furieux, il nous a ordonné de sortir; mais mon brave Gabriel lui a répondu qu'il pourrait avoir à s'entretenir avec vous de graves intérêts, et qu'ainsi il resterait… Moi, moins patient, j'ai donné une bourrade à l'abbé d'Aigrigny, qui voulait me barrer le passage, et je suis accouru, tant j'avais hâte de vous voir… Maintenant… monsieur… vous allez recevoir Gabriel… n'est-ce pas? Il n'aurait pas voulu entrer sans vos ordres… Je vais aller le chercher… Vous parlez de religion… c'est la sienne qui est la vraie, car elle fait du bien; elle encourage, elle console… vous verrez… Enfin, grâce à Mlle de Cardoville et à lui, vous allez nous être rendu! s'écria le forgeron, ne pouvant plus contenir son joyeux espoir.
— Mon ami… non… je ne sais… je crains… dit M. Hardy avec une hésitation croissante, mais se sentant malgré lui ranimé, réchauffé par les paroles cordiales du forgeron.
Celui-ci, profitant de l'heureuse hésitation de son ancien patron, courut à la porte, l'ouvrit et s'écria:
— Gabriel… mon frère… mon bon frère… viens, viens…
M. Hardy désire te voir…
— Mon ami, reprit M. Hardy, encore hésitant, mais néanmoins semblant assez satisfait de voir son assentiment un peu forcé, mon ami… que faites-vous?…