«J'apprends seulement aujourd'hui, à l'instant et par hasard, que je me trouve avec vous dans cette respectable maison; une longue maladie que j'ai faite, la profonde retraite dans laquelle je vis, vous expliqueront assez mon ignorance de notre voisinage. Bien que nous ne nous soyons rencontrés qu'une fois, monsieur, la circonstance qui m'a récemment procuré l'honneur de vous voir a été pour vous tellement grave que je ne puis croire que vous l'ayez oubliée…»

M. Hardy fit un mouvement de surprise, rassembla ses souvenirs, et, ne trouvant rien qui pût le mettre sur la voie, continua de lire:

«Cette circonstance a d'ailleurs éveillé en moi une si profonde et si respectueuse sympathie pour vous, monsieur, que je ne puis résister à mon vif désir de vous présenter mes hommages, surtout en apprenant que vous quittez aujourd'hui cette maison, ainsi que vient de me le dire à l'instant même l'excellent et digne abbé Gabriel, un des hommes que j'aime, que j'admire et que je vénère le plus au monde.

«Puis-je croire, monsieur, qu'au moment de quitter notre paisible retraite pour rentrer dans le monde, vous daignerez accueillir favorablement cette prière, peut-être indiscrète, d'un pauvre vieillard voué désormais à une profonde solitude, et qui ne peut espérer de vous rencontrer au milieu du tourbillon de la société, qu'il a quittée pour toujours?

«En attendant l'honneur de votre réponse, monsieur, veuillez recevoir l'assurance des sentiments de profonde estime de celui qui a l'honneur d'être, «Monsieur, «Avec la plus haute considération, votre très humble et très obéissant serviteur,

«RODIN.»

Après la lecture de cette lettre et le nom de celui qui la signait, M. Hardy rassembla de nouveau ses souvenirs, chercha longtemps, et ne put se rappeler ni le nom de Rodin, ni à quelle grave circonstance celui-ci faisait allusion.

Après un assez long silence, il dit au domestique:

— C'est M. Rodin qui vous a remis cette lettre?

— Oui, monsieur.