La lettre que M. Hardy venait de recevoir du révérend père était conçue en termes si polis, on y parlait de Gabriel avec tant de considération, que M. Hardy, poussé d'ailleurs par une curiosité naturelle, et ne voyant aucun motif de refuser cette entrevue, au moment de quitter la maison, répondit au domestique:

— Veuillez dire à M. Rodin que, s'il veut se donner la peine de venir, je l'attends ici.

— Je vais à l'instant le prévenir, monsieur, dit le domestique en s'inclinant, et il sortit.

Resté seul, M. Hardy, tout en se demandant quel pouvait être M. Rodin, s'occupa de quelques menus préparatifs de départ; pour rien au monde il n'eût voulu passer la nuit dans cette maison, et, afin d'entretenir son courage, il se rappelait à chaque instant l'évangélique et doux langage de Gabriel, ainsi que les croyants récitent quelques litanies pour ne pas succomber à la tentation.

Bientôt le domestique rentra et dit à M. Hardy:

— M. Rodin est là, monsieur.

— Priez-le d'entrer.

Rodin entra, vêtu de sa robe de chambre noire, et tenant à la main son vieux bonnet de soie.

Le domestique disparut. Le jour commençait à baisser.

M. Hardy se leva pour aller à la rencontre de Rodin, dont il ne distinguait pas encore bien les traits; mais, lorsque le révérend père fut arrivé dans la zone plus lumineuse qui avoisinait la porte-fenêtre, M. Hardy, ayant un instant contemplé le jésuite, ne put retenir un léger cri arraché par la surprise et par un souvenir cruel. Ce premier mouvement d'étonnement et de douleur passé, M. Hardy, revenant à lui, dit à Rodin d'une voix altérée: