— Mais vous, ma chère demoiselle?

— Aujourd'hui même, je vais aller habiter une maison que depuis quelque temps j'avais fait préparer, étant bien décidée à quitter Mme de Saint-Dizier et à vivre seule et à ma guise. Ainsi, monsieur, puisque votre mission est d'être le bon génie de notre famille, soyez aussi généreux envers le prince Djalma que vous l'avez été pour moi, pour les filles du maréchal Simon; je vous en conjure, tâchez de découvrir la retraite de ce pauvre fils de roi, comme vous dites, gardez-moi le secret et faites-le conduire dans ce pavillon, qu'un ami inconnu lui offre… qu'il ne s'inquiète de rien; on pourvoira à tous ses besoins; il vivra comme il doit vivre… en prince.

— Oui, il vivra en prince, grâce à votre royale munificence… Mais jamais touchant intérêt n'aura été mieux placé… Il suffit de voir, comme je l'ai vue, sa belle et mélancolique figure pour…

— Vous l'avez donc vu, monsieur? dit Adrienne en interrompant
Rodin.

— Oui, ma chère demoiselle, je l'ai vue pendant deux heures environ… et il ne m'en a pas fallu davantage pour le juger: ses traits charmants sont le miroir de son âme.

— Et où l'avez-vous vu, monsieur?

— À votre ancien château de Cardoville, ma chère demoiselle, non loin duquel la tempête l'avait jeté… et où je m'étais rendu afin de…

Puis, après un moment d'hésitation, Rodin reprit comme emporté par sa franchise:

— Eh! mon Dieu! où je m'étais rendu pour faire une mauvaise action, honteuse et misérable… il faut bien l'avouer…

— Vous, monsieur… au château de Cardoville? pour une mauvaise action! s'écria Adrienne profondément surprise…