— Mesdemoiselles, avez-vous besoin de bois, s'il vous plaît, dans la cheminée?
Ne recevant aucune réponse, Jocrisse posa son panier à terre, ouvrit doucement la porte, entra dans la pièce voisine, après y avoir jeté un coup d'oeil rapide, et en ressortit au bout de quelques secondes, en regardant de côté et d'autres avec anxiété, comme un homme qui viendrait d'accomplir quelque chose d'important et de mystérieux. Reprenant alors son panier, il se disposait à sortir de la chambre du maréchal Simon, lorsque la porte de l'escalier dérobé s'ouvrit de nouveau lentement et avec précaution. Dagobert parut.
Le soldat, évidemment surpris de la présence de Jocrisse, fronça les sourcils et s'écria brusquement:
— Que fais-tu là? À cette soudaine interpellation, accompagnée d'un grognement hargneux dû à la mauvaise humeur de Rabat-Joie, qui s'avançait sur les talons de son maître, Jocrisse poussa un cri de frayeur réelle ou feinte; ce dernier cas échéant, afin de donner sans doute plus de vraisemblance à son émoi; le niais supposé laissa tomber sur le plancher son panier à demi rempli de bois, comme si l'étonnement et la peur le lui eussent arraché des mains.
— Que fais-tu là… imbécile? reprit Dagobert, dont la physionomie était alors profondément triste, et qui paraissait peu disposé à rire de la poltronnerie de Jocrisse.
— Ah! monsieur Dagobert… quelle peur!… Mon Dieu!… quel dommage que je n'aie pas eu entre les bras une pile d'assiettes pour prouver que ça n'aurait pas été de ma faute si je les avais cassées!…
— Je te demande ce que tu fais là… reprit Dagobert.
— Vous voyez bien, monsieur Dagobert, répondit Jocrisse en montrant son panier, je venais d'apporter du bois dans la chambre de M. le duc, pour le brûler, s'il avait froid… parce qu'il le fait.
— C'est bon, ramasse ton panier et file…
— Ah! monsieur Dagobert, j'en ai encore les jambes toutes bistournées… Quelle peur!… quelle peur!… quelle peur!