— Votre fils est dans la cour, monsieur Dagobert… Il n'a pas voulu monter; c'est pour cela qu'il est resté en bas… Ce disant, Jocrisse ferma la porte, croyant la lettre bien en évidence sur le plancher de la chambre du maréchal Simon. Mais Jocrisse comptait sans Rabat-Joie.
Soit qu'il regardât comme plus prudent de former l'arrière-garde, soit respectueuse déférence pour un bipède, le digne chien n'était sorti de la chambre que le dernier, et comme il rapportait merveilleusement bien (ainsi qu'il venait de le prouver), voyant tomber la lettre jetée par Jocrisse, il la prit délicatement entre ses dents et sortit de la chambre sur les talons du domestique sans que celui-ci s'aperçût de cette nouvelle preuve de l'intelligence du savoir-faire de Rabat-Joie.
XL. Les anonymes.
Nous dirons tout à l'heure ce qu'il advint de la lettre que Rabat- Joie tenait entre ses dents, et pourquoi il quitta son maître lorsque celui-ci courut au-devant d'Agricol.
Dagobert n'avait pas vu son fils depuis plusieurs jours; l'embrassant d'abord cordialement, il le conduisit ensuite dans une des deux pièces du rez-de-chaussée qui composaient son appartement.
— Et ta femme, comment va-t-elle! dit le soldat à son fils.
— Elle va bien, mon père, je te remercie.
S'apercevant alors de l'altération des traits d'Agricol, Dagobert reprit:
— Tu as l'air chagrin! T'est-il arrivé quelque chose depuis que je ne t'ai vu!
— Mon père… tout est fini… il est perdu pour nous, dit le forgeron avec un accent désespéré.