— De qui parles-tu!

— De M. Hardy.

— Lui!… mais, il y a trois jours, tu devais, m'as-tu dit, aller le voir!…

— Oui, mon père, je l'ai vu; mon digne frère Gabriel aussi l'a vu… et lui a parlé, comme il parle… avec la voix du coeur; aussi l'avait-il si bravement ranimé, encouragé, que M. Hardy s'était décidé à revenir auprès de nous; alors, moi, fou de bonheur, je cours apprendre cette bonne nouvelle à quelques camarades qui m'attendaient pour savoir le résultat de notre entrevue; j'accours avec eux pour le remercier. Nous étions à cent pas de la porte de la maison des robes noires…

— Les robes noires! dit Dagobert d'un air sombre. Alors… quelque malheur doit arriver… je les connais…

— Tu ne te trompes pas, mon père, répondit Agricol avec un soupir; j'accourais donc avec mes camarades, lorsque je vois de loin arriver une voiture; je ne sais quel pressentiment me dit que c'était M. Hardy qu'on emmenait.

— De force! dit vivement Dagobert.

— Non, répondit amèrement Agricol, non; ces prêtres sont trop adroits pour ça… ils savent toujours vous rendre complices du mal qu'ils vous font; ne sais-je pas comment ils s'y sont pris avec ma bonne mère!

— Oui… digne femme… encore une pauvre créature qu'ils ont enlacée dans leur toile… Mais cette voiture dont tu parles!

— En la voyant sortir de la maison des robes noires, reprit Agricol, mon coeur se serre et, par un mouvement plus fort que moi, je me jette à la tête des chevaux, en appelant à l'aide; mais le postillon me renverse d'un coup de fouet qui m'étourdit, je tombe… Quand je revins à moi, la voiture était loin.